“L’enfant d’en haut”, Simon et les autres…

Simon enfant d’en haut

 Simon a parfaitement intégré les codes et les règles d’un monde d’en haut afin de pouvoir se fondre au milieu des touristes : il parle anglais, se déplace avec habileté avec son matériel de ski, est à l’aise à la terrasse du restaurant… On assiste à une mise en abyme du jeu d’acteur : l’acteur (Kacey Mottet) incarne un rôle (Simon) qui joue lui-même un rôle dans la fiction. Déguisé par sa tenue de ski à la Dark Vador, il s’invente un personnage et une vie imaginaire d’un enfant aimé, le fils de riches propriétaires d’un hôtel… Mais le film rappelle qu’il est bel et bien un enfant d’en bas.

 Simon enfant d’en bas

Grâce à ses trafics de matériel de ski, il parvient a assurer l’équilibre précaire du foyer. Il sait qu’il ne peut compter que sur lui-même pour gagner de l’argent et vit en adulte prématurément. Il espère que tout s’achète, même l’amour ou l’affection, il essaie de compenser comme il peut. L’argent est au cœur du film et par le biais de Simon passe de main en main. (Ursula Meier a hésité à intituler son film « Money »). Il n’a pas de chambre à lui, dort sur le canapé comme s’il était de passage.

Simon l’adulte

Les rôles sont inversés : il montre à Louise comment rénover et vendre une paire de ski, lui allume ses cigarettes et lui ouvre sa canette de bière, lui donne de l’argent pour s’acheter un jean, choisit lui-même le modèle de four et le met en fonctionnement, fait les lessives, ramène à manger… Son petit corps frêle et fragile accentue le contraste enfant/adulte. Il joue au petit gars, au frère ou au père. Il est dans la survie physique, financière mais surtout affective.

Simon enfant de l’entre-deux

Le lieu central ce n’est ni le haut, ni le bas, mais l’entre-deux, les espaces de transition. Simon fait le va-et-vient entre le haut et le bas. Ce sont ses trajets en télécabine qui rythment le film. Il la prend comme un ascenseur social. C’est là où Simon se sent le mieux, là où il se détend, là où il compte son argent, là où il rêve, là où il s’endort. C’est sa maison, son « home » (pour faire écho au film précédent d’Ursula Meier). Il n’est ni en haut, ni en bas, suspendu entre ces deux espaces, comme une métaphore de sa situation, d’un enfant qui cherche sa place.

Lorsque Simon se change devant son casier, Louise lui dit : « C’est un peu comme ta chambre ici ».

Lorsque Simon est dans le monde d’en haut, on ne distingue pas tellement la beauté du lieu : le spectateur le suit à sa hauteur dans des endroits étroits, dans les toilettes, dans les couloirs, dans les arrières cuisines et ressent une sensation d’enfermement.

Simon l’enfant

Pourtant, Simon n’est qu’un enfant. Il imite le poulet lorsqu’il se sent à l’aise avec Mike. Lorsque le chef cuisinier le renvoie du monde d’en haut, il le remet à sa place, c’est-à-dire à son statut d’enfant. A la fin du film, lorsqu’il est seul dans cette montagne, le paysage s’ouvre. Il saute dans les flaques, se roule dans la neige, se balance, pousse des cris de joie… Il n’est plus un travailleur, juste un enfant.

Louise

Contrairement à Simon qui aspire à appartenir au monde d’en haut en prenant le téléphérique chaque jour, Louise est profondément ancrée dans le monde d’en bas. Elle a un côté frontal, rentre-dedans, mais également un côté profond et fragile. Jeune femme et jeune mère perdue, elle n’a pas de petit ami ni de travail stables. Associée au non-dit et au hors-champ, elle semble vivre au jour le jour, toujours prête à partir vers un ailleurs sans destination précise, au gré de ses amants, sans se soucier de Simon qu’elle laisse seul même le soir de noël. Il est pourtant son point d’attache et sa seule boussole. Elle dépend de lui financièrement et refuse sa place de mère en se faisant passer pour sa sœur. Pourtant, on apprend que c’est elle qui a voulu le garder : c’est ce mince et fragile lien maternel qu’interroge le film. A la fin, Louise aspire à assumer son rôle de mère en travaillant, en remboursant Simon, en le réprimandant suite au vol de la montre et en montant dans le téléphérique pour le chercher : elle s’inquiète enfin pour lui.

AUTRES PERSONNAGES

Mike

Mike est un peu le double de Simon : quand il apprend que Simon vole pour subvenir à ses besoins vitaux (Voir analyse de séquence), il ressent de l’empathie pour lui, peut-être était-il lui-même en situation précaire dans sa jeunesse ? Il devient ensuite son complice. Il n’hésite pas à le réprimander vivement lorsque Simon entraîne le jeune Marcus dans son trafic, non sans une certaine ironie compte tenu de sa position envers Simon.

La mère de famille anglaise

C’est la mère fantasmée par Simon, celle qu’il rêverait d’avoir, belle, riche, calme, attentionnée et protectrice.

Le chef cuisinier

D’un abord revêche, il incarne l’autorité et la droiture. En chassant Simon brutalement, il fait preuve tout de même d’une certaine clémence en n’appelant pas la police. S’il ne remet pas Simon sur le droit chemin, il lui rappelle son statut d’enfant.